Poitiers , Assemblée générale 2012

Photo avec l'aimable autorisation de l'office du tourisme de Poitiers

Les colliers cervicaux

Les colliers cervicaux : des conseils à coup sûr

Les pathologies cervicales figurent aux premiers rangs des plaintes au comptoir. Avant une consultation médicale, au cours d’un traitement ou dans le cadre d’un suivi thérapeutique, le pharmacien est donc en première ligne pour cette pathologie qu’il convient de bien connaître pour mieux asseoir la délivrance et les conseils s’y rapportant.

La région cervicale de la colonne vertébrale ou rachis cervical est composé de sept vertèbres dont les deux premières de forme particulière, l’atlas (C1) et l’axis (C2) réalisent une articulation remarquable jouant un rôle prépondérant dans la mobilité de la tête. Quand la tête tourne à droite ou à gauche, jusqu’à 90°, le crâne est solidaire de l’atlas et l’ensemble pivote autour de l’axis. Quand la tête oscille verticalement, de bas en haut (flexion antérieure jusqu’à 130° et extension postérieure), le crâne bascule sur l’atlas. Les cinq autres vertèbres (C3 à C7), de formes plus classiques bien que relativement allongées transversalement, sont séparées par des disques intervertébraux, fibro-cartilagineux élastiques, autorisant les mouvements de flexion, extension et d’inclinaison latérale droite et gauche jusqu’à 45°.

Comme toutes les vertèbres, les vertèbres cervicales sont reliées entre elles par des ligaments courts et puissants possédant de nombreux récepteurs sensitifs.

L’intégrité du rachis cervical est primordiale et doit être solide : il supporte la tête mais il est aussi une voie de passage pour l’artère vertébrale qui irrigue le cerveau ainsi que pour la moelle épinière qui passe par le canal rachidien. Malgré cette force apparente, cette structure reste fragile car la moindre défaillance entraîne gène, douleur et raideur voire paralysie.

Les cervicalgies

Les cervicalgies qui se définissent comme des douleurs ayant leur siège au niveau de la colonne cervicale, peuvent avoir plusieurs origines :

- Origine traumatique

Entorse cervicale et fracture cervicale :

L’entorse cervicale se définit par une distension ligamentaire qui peut être bénigne, moyenne ou grave avec élongation, arrachement ou déchirure d’un ou plusieurs faisceaux ligamentaires sans déplacement des surfaces articulaires. Son origine est due à un mouvement d’amplitude trop forte du rachis cervical. Elle se rencontre souvent en pathologie sportive (footballeurs...) ou dans des accidents, notamment d’automobile (coup du lapin).

La fracture cervicale peut toucher n’importe quelle partie vertébrale. On parle de fracture stable quand il n’y a pas de risque ultérieur de compression de la moelle épinière et de fracture instable quand le port d’une minerve est nécessaire.

- Origine dégénérative

L’arthrose cervicale :

L’arthrose est une affection chronique dégénérative, non inflammatoire entraînant une altération destructive des cartilages ou fibro-cartilages articulaires. En général, elle touche les 3 ou 4 derniers disques cervicaux.

C’est une pathologie banale qui concerne 50% de la population des plus de 40 ans et 80% des plus de 70 ans et surtout les femmes. Elle se manifeste par un fond douloureux permanent aux mouvements du cou avec des poussées dues aux changements de temps, de saisons puis évolue par des douleurs cervicales postérieures irradiant vers l’occiput (névralgie occipitale), vers l’épaule et le membre supérieur (névralgie cervico-brachiale) et vers les premières vertèbres dorsales.

- Origine musculaire

Le torticolis :

Le torticolis est une cervicalgie aiguë, d’apparition spontanée et brutale, avec une attitude caractéristique du patient : torsion du cou avec inclinaison de la tête. Il peut y avoir diverses étiologies :

- effort, faux mouvement entraînant un dérangement inter-vertébral mineur puis une contracture musculaire ;

- exposition prolongée au froid (conduite en voiture fenêtre ouverte, courant d’air, climatisation) où la facture musculaire (contracture) est primaire avec retentissement vertébral secondaire ;

- mécanisme mixte : mauvaise position maintenue longtemps : nuit, coiffeur...

- Origines diverses :

- inflammatoires : polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante ;

- ostéoporose ;

- infectieuses : spondylodiscites ;

- tumorales : cancers primitifs, maladie de Kahler, myélome, métastases (venant du sein, poumon, prostate, rein...) ;

- malformation congénitale.

Les colliers cervicaux

 

Si les traitements à base d’anti-inflammatoires et de myorelaxants sont souvent utilisés dans toutes ces pathologies, ils doivent être souvent associés au port d’un collier cervical qui aura un double rôle :

- un rôle de limitation plus ou moins importante des mouvements de flexion-extension, inclinaison ou rotation du rachis cervical ;

- un rôle antalgique : en limitant les mouvements à l’origine des phénomènes inflammatoires, en soutenant la tête diminuant ainsi les sollicitations mécaniques du rachis cervical et en procurant une chaleur locale qui favorise le relâchement musculaire.

Les colliers cervicaux sont des orthèses, fabriqués en série et pris en charge par les organismes sociaux sur la base du tarif LLPR. Le délai minimal avant renouvellement est d’un an. Un renouvellement anticipé peut être accordé en cas de détériorations accidentelles, de variations pathologiques ou physiologiques ou lors d’utilisations particulières en rapport avec un exercice professionnel.

On distingue quatre types de colliers cervicaux qui relèvent du petit appareillage qui ne doivent pas être confondus avec les minerves lesquelles sont des orthèses d’immobilisation relevant du grand appareillage :

 

1- Le collier C1 ou collier léger souple est une orthèse en mousse naturelle ou synthétique recouvert d’une enveloppe réputée non allergique fermé par des velcros à l’arrière. Il assure un soutien léger (rappel dynamique pour éviter les mouvements intempestifs) et une faible limitation des amplitudes. Il permet surtout une conservation de la chaleur. Il est conseillé principalement dans les cas de torticolis ou d’arthrose cervicale. Il permet aussi un sevrage progressif après le port d’un collier rigide.

 

2- Le collier C2 ou collier semi-rigide formé d’une mousse plus compacte et d’un insert en poly-uréthane non réglable en hauteur. Il limite les mouvements de flexion-extension ou d’inflexion latérale de façon significative. Ce collier est à conseiller en cas d’entorse bénigne ou de névralgie cervico-brachiale arthrosique.

Certains fournisseurs d’orthopédie commercialisent des colliers C2 se transformant aisément en C1 par le retrait du renfort polypropylène amovible permettant ainsi un arrêt du port du collier progressif.

 

3- le collier C3 ou collier rigide dont la rigidité est obtenue par une bande en plastique. Sa variation de hauteur est réalisée en utilisant deux bandes de poly-uréthane qui se chevauchent de façon plus ou moins importante. La fixation est réalisée par du velcro ou de petits écrous. Il doit comporter des bords non traumatisants : l’appui sternal est obligatoire et l’appui mentonnier est vivement recommandé. Il est utilisé en cas de traumatisme cervical, d’entorses cervicales de gravité moyenne ou de névralgies cervico-brachiales nécessitant un maintien renforcé en hyperextension.

 

4- le collier C4 ou « mini-minerve » limite sérieusement la mobilité par un appui occipital, mentonnier et sternal. Il est appliqué sans moulage et peut comprendre une ouverture antérieure pour les personnes trachéotomisées. Ce collier est réservé aux traumatismes graves du rachis cervical et à toutes les immobilisations post-opératoires.

Les colliers cervicaux doivent être disponibles à l’officine en plusieurs tailles et plusieurs hauteurs de manière à pouvoir être appliqués sans délai et après essayage par le pharmacien. Dans tous les cas, le pharmacien doit relever la circonférence du cou au niveau de sa base sans serrer le mètre de couture et en hauteur (haut du sternum à mandibule moins 2 cm). Plus le cou du patient sera fort, moins le collier sera haut. En général, aussi, le cou des femmes est plus haut que celui des hommes. De toute façon, un collier bien adapté doit permettre au patient d’avoir le regard à l’horizontale. Sa principale qualité doit être son confort pour pouvoir être porté jour et nuit et sa souplesse pour respecter l’attitude antalgique prononcée.

Selon la pathologie, le collier cervical sera porté plus ou moins longtemps mais dans tous les cas l’arrêt du port devra être progressif : d’abord, le collier sera enlevé au repos chez soi, puis pour sortir. Le collier sera conservé pour les trajets en voiture ou pour faire des efforts particuliers. En dernier lieu, il sera retiré la nuit car c’est pendant le sommeil que l’on risque de prendre une mauvaise position réactivatrice de douleur ou de contracture que l’inconscience due à cette léthargie ne permettrait pas de corriger.

Pour conserver toute l’efficacité du collier cervical, il devra être lavé à la main à 30°, à l’eau savonneuse, essoré par pression et séché à plat sans repasser, à distance d’une source de chaleur. Il est conseillé d’autre part de protéger le collier cervical par un foulard pour éviter qu’il ne se salisse trop vite.

On le voit la dispensation des colliers cervicaux est à la fois un moyen de répondre immédiatement présent à une demande formulée au comptoir. Mais également une porte d’entrée pour faire valoir ses connaissances et ses compétences en matière de MAD, domaine où il est parfois difficile de se faire connaître à la différence d’autres professions qui disposent de réseaux d’information, notamment au moment de la sortie des patients de l’hôpital.

Françoise Rouve

fichier: 
Etiquette: 
Partager cet article