Poitiers , Assemblée générale 2012

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Interview de Jacky Maillet - Dossier vétérinaire
Un article dans la revue Les actualités pharmaceutiques : interview de Jacky Maillet , président de l’Association nationale de la pharmacie vétérinaire d’officine (ANPVO) et membre du bureau de l'APR.
Actualités pharmaceutiques • n° 501 • Décembre 201
Le pharmacien est aussi le spécialiste du médicament vétérinaire
Pour Jacky Maillet, président de l’Association nationale de la pharmacie vétérinaire d’officine (ANPVO), la profession pharmaceutique doit réaffirmer son rôle dans la dispensation du médicament vétérinaire. Ceci passe aussi par le renforcement de l’enseignement vétérinaire lors de la formation initiale.
Actualités pharmaceutiques :
Qu’est-ce qui vous a amené à créer récemment l’Association nationale de la pharmacie vétérinaire d’officine (ANPVO) ?
Jacky Maillet :
La création de l’ANPVO s’est imposée à la suite du constat dressé, fin 2008, par l’ensemble des instances et organisations professionnelles pharmaceutiques (Ordre, syndicats, Associations de pharmacie rurale (APR) et grossistes répartiteurs), de l’inapplication d’un certain nombre de nouvelles dispositions concernant la délivrance des médicaments vétérinaires telles que celles-ci avaient été reformulées par le décret dit “prescription délivrance” promulgué le 24 avril 2007.
Certaines avancées contenues dans ce décret avaient nécessité six ou sept années de négociations entre les représentants des pharmaciens, des vétérinaires, des éleveurs et des pouvoirs publics.
Il n’était donc pas question de tolérer que, dix-huit mois après leur entrée en vigueur, celles concernant plus spécifiquement la profession pharmaceutique demeurent sans suite sur le terrain en acceptant sans broncher de les passer simplement par pertes et profits.
Par exemple, comment accepter que le principe du libre choix du dispensateur des médicaments, qui avait été très clairement réaffirmé par le décret, ne soit pas suivi d’effets sur le terrain ?
Comment admettre, à cet égard, que la remise par le vétérinaire d’une ordonnance à l’issue de la rédaction du protocole de soins qu’il effectue chaque année n’ait strictement aucune répercussion sur le terrain alors que cela a été rendu obligatoire dans tous les cas où l’utilisation de médicaments préventifs figure dans ledit protocole ?
Comment ne pas réagir alors que cette remise d’ordonnance à cet instant précis est pour l’éleveur, si ce n’est la seule, du moins une des seules options pouvant lui permettre de se rendre ensuite librement chez l’ayant droit de son choix pour la délivrance des médicaments prescrits ?
Parmi les autres dispositions non appliquées du décret, il y avait aussi celles concernant le renouvellement des ordonnances. Les possibilités pour le vétérinaire d’user de la mention “renouvellement interdit” avaient, en effet, été substantiellement limitées afin de faciliter le renouvellement des délivrances de certains médicaments préventifs, comme les anti-parasitaires et les vaccins, par les pharmaciens.
Or, malgré cette limitation, force était de du moins pour effet, de fournir une information fallacieuse aux éleveurs, de telle sorte que ceux-ci se retrouvent privés d’une facilité qui leur est offerte de pouvoir faire renouveler la délivrance de certains médicaments courants auprès d’une officine. Ils se retrouvent, à tort, contraints de retourner chez leur vétérinaire qui accepte, bien entendu, de prescrire à nouveau les mêmes médicaments et profitent de cette situation pour capter la délivrance des médicaments. L’ANPVO a donc été créée sur la base de ce genre de constats et s’est employée, dès le début de l’année 2009, à ce que soient imposés à tous les acteurs du médicament vétérinaire des comportements beaucoup plus conformes à la réglementation. Parmi nos différentes démarches, je citerais la requête auprès du Conseil d’État que nous avons déposée en 2009 en vue de dire le droit sur la notion de remise obligatoire d’ordonnance à l’issue de la rédaction du protocole de soins. L’instruction de ce dossier est toujours en cours et nous attendons la décision avec une grande impatience.
AP :
Trouviez-vous que le médicament vétérinaire n’était pas suffisamment défendu par les organisations syndicales auparavant ?
JM :
Le Syndicat national de la pharmacie vétérinaire d’officine (SNPVO) qui exerçait ce rôle auparavant n’existait plus depuis plusieurs années. La pharmacie vétérinaire d’officine était représentée de manière disparate, non coordonnée. Elle ne disposait pas de réelle
analyse sur la situation ni de véritable stratégie sur l’avenir. Les positions et discours de la profession sur la question vétérinaire n’étaient absolument pas audibles au niveau de nos partenaires vétérinaires et encore moins au niveau des administrations.
Nous avions réellement besoin d’un outil spécifique et dédié, autant pour agir que pour réagir, d’où la création de l’ANPVO à l’initiative de trois syndicats [NDLR : FSPF,UNPF et USPO], de l’APR de l’Ordre national des pharmaciens, des sociétés de distribution en gros de médicaments vétérinaires et aussi du laboratoire Pierre Fabre qui a joué un rôle tout à fait déterminant pour fédérer tout le monde derrière cette idée.
Notre stratégie est aujourd’hui très claire ; elle s’articule autour de trois principaux objectifs.
Il s’agit d’abord, comme je l’ai évoqué précédemment , de faire appliquer la réglementation par les v é t é r i n a i r e s mais aussi par les pharmaciens. Nous voulons aussi faire valoir l’importance pour la santé publique de recourir de façon beaucoup plus constructive et
significative à l’acte de dispensation. Enfin, nous avons pour troisième objet de susciter l’intérêt des confrères pour la pharmacie vétérinaire qui, faut-il le rappeler, demeure une partie intégrante de leur exercice. Le diplôme de pharmacien ouvre des droits à son détenteur mais engendre aussi des devoirs, au premier rang desquels il y a celui de garantir une dispensation de qualité quelle que soit la catégorie de médicaments concernée.
AP :
Quelles sont vos propositions pour promouvoir l’utilité de l’acte de dispensation des médicaments vétérinaires par le pharmacien ?
JM :
En premier lieu, sans vouloir être désobligeant pour les rédacteurs d’un journal pharmaceutique aussi sérieux que le vôtre, il m’est impossible de ne pas attirer amicalement votre attention sur le sens de votre expression « l’acte de dispensation de médicaments vétérinaires par le pharmacien », car celle-ci relève du pléonasme.
La dispensation par le pharmacien d’un médicament, fût-il à usage vétérinaire, nécessairement une lapalissade puisque le pharmacien est le seul professionnel à pouvoir exercer cet art.
Au-delà de cette petite précision sémantique, votre formulation n’en demeure pasmoins extraordinairement révélatrice de la confusion actuelle entretenue savamment par une écrasante majorité de vétérinaires ainsi que par ceux acquis à leur cause, maisaussi, et c’est beaucoup plus inquiétant, par de nombreux pharmaciens.
Permettez-moi de vous rappeler que l’acte de dispensation est le cœur du métier de pharmacien et que cela ne saurait être valablement confondu ou comparé avec
des prérogatives de simple délivrance éventuellement dévolues à d’autresintervenants non-pharmaciens.
Si vos lecteurs, a fortiori si ceux-ci sont pharmaciens, devaient retenir une seulechose de cette interview, il serait vraiment souhaitable que ce soit cela. Une bonnefois pour toutes, il faut le savoir, le pharmacien dispense alors que le vétérinaire délivre. Il y a là une différence capitale pour la santé publique. D’un côté, il y a un contrôle et une analyse pharmaceutique de l’ordonnance, alors que, de l’autre, il s’agit d’une simple remise physique des médicaments.
Chacun peut aisément comprendre qu’un prescripteur, quelle que soit sa qualité, ne peut pas valablement s’autocontrôler.
Cela étant précisé, et pour répondre un peu plus précisément à votre question, l’ANPVO saisira l’opportunité de chaque dossier susceptible de bénéficier de ce type de raisonnement pour faire valoir le bien-fondé de ses propositions en termes de santé publique.
C’est, par exemple, le cas des discussions actuelles autour de l’antibiorésistance ou de la maîtrise des résidus médicamenteux dans l’environnement, mais il y en a beaucoup d’autres
AP :
En quoi la dissociation de la prescription et de la délivrance des antibiotiques pourra-t-elle permettre de diminuer l’antibiorésistance ?
JM :
A travers cette question, je suppose que vous faites allusion aux propositions récentes de l’Ordre national des pharmaciens qui viennent d’être adressées au Comité national de coordination pour un usage raisonné des antibiotiques en médecine vétérinaire qui est en cours de mise en place.
Bien que n’étant pas le porte-parole du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP) dans cette affaire, je crois cependant pouvoir dire que selon notre Ordre, le fonctionnement actuel du système de délivrance des antibiotiques vétérinaires est hautement perfectible caril est entaché d’un conflit d’intérêt latent.
Le prescripteur est aussi le vendeur dans la quasi-totalité des cas.
Afin d’optimiser le fonctionnement du système et de contribuer utilement aux objectifs de réduction des consommations d’antibiotiques fixés par le comité, l’Ordre des pharmaciens propose, en effet, de mieux exploiter le potentiel de la dispensation pharmaceutique, tel quecela existe en médecine humaine.
Au-delà de l’exemple convaincant de la médecine humaine, des travaux appliqués à la médecine vétérinaire existent dans certains pays avec, notamment, un exemple probant au Danemark. Une baisse de 40 % de la consommation d’antibiotiques a été enregistrée dansla filière porcine après quelques années seulement d’exclusion de toute possibilité de conflit d’intérêt chez les prescripteurs vétérinaires.
La fonction de contrôle de l’ordonnance par le pharmacien, dissociée très clairement de l’acte de prescription, est, selon notre institution ordinale, un gage important de meilleure maîtrise.
Que dirait-on, en effet, si demain les médecins prescrivaient et délivraient les antibiotiques ?
L’ANPVO souscrit naturellement à cette initiative du CNOP mais s’en distingue néanmoins sur un point important car nous affirmons qu’une telle proposition ne saurait être totalement pertinente si celle-ci ne résulte pas d’une action concertée avec la profession vétérinaire.
Consciente de l’impact négatif qu’une telle mesure ne manquerait pas de produire sur l’économie des entreprises vétérinaires et convaincue par ailleurs de l’absolue nécessité de maintenir un maillage vétérinaire réellement opérationnel, l’ANPVO considère en effet qu’une réflexion globale incluant toutes les parties concernées, est un préalable absolument incontournable avant tout changement éventuel.
AP :
Comment garantir véritablement un libre recours à l’officine pour la délivrance des médicaments vétérinaires aux éleveurs et propriétaires d’animaux ?
JM :
En faisant simplement appliquer la réglementation existante. Nous savons en effet qu’un éleveur sur trois déplore de ne pas pouvoir choisir le circuit pharmaceutique pour la dispensation des médicaments et nous savons en même temps que cela résulte du fait que la quasi-totalité des vétérinaires refusent de prescrire s’ils ne délivrent pas les médicaments.
Il y a là une entrave délibérée, voire même parfois revendiquée, au principe du libre choix du dispensateur, qui nous préoccupe beaucoup.
L’ANPVO ne remet pas en cause le statut de propharmacien du vétérinaire mais considère que cette position pragmatique et modérée qui est la sienne pourrait s’avérer rapidement obsolète en cas d’autisme absolu de la profession vétérinaire.
Nos amis vétérinaires doivent le comprendre, ni le Code de la santé publique, ni le droit du commerce, ni le droit de la concurrence ne justifient de tels comportements
AP :
Ne convient-il pas quand même de mieux encadrer la délivrance des médicaments vétérinaires quand on voit les différentes affaires qui accablent officinaux et vétérinaires (kétamine, clenbutérol, Gabbrovet®...) ?
JM :
Bien sûr, ces affaires révèlent une grande incompétence de la part de certains confrères. Certaines d’entre-elles, notamment celles concernant le détournement d’usage de la kétamine, entrent même dans la catégorie du grand banditisme. Comme je vous l’ai déjà dit, l’ANPVO, qui œuvre pour anoblir l’acte de dispensation en médecine vétérinaire, ne saurait trouver de circonstances atténuantes à ce genre d’agissements, c’est tout simplement consternant.
Ces affaires lamentables ont néanmoins un mérite : celui de nous inciter à faire œuvre importante de pédagogie et à mettre en place une formation digne de ce nom pour nos confrères, à commencer par les plus jeunes d’entre eux dans les facultés.
Pour l’affaire du Gabbrovet®, dont je rappelle qu’elle ne concerne pas les pharmaciens, nous prenons acte des poursuites engagées à l’encontre de quelques lampistes vétérinaires, mais considérons néanmoins qu’il s’agit plus de règlements de comptes locaux que d’actions significatives ayant une réelle portée en matière de santé publique Il faut quand même rappeler que ce médicament est autorisé dans d’autres pays européens et qu’il est sans doute le seul traitement réellement efficace contre la cryptosporidiose du veau.
AP :
Que penser du test de délivrance d’amoxicilline à un lapin nain alors que ce médicament lui est contre-indiqué et qu’aucun pharmacien n’a relevé le problème ?
JM :
Cette question rejoint la précédente et appelle de ma part une réponse similaire. Sur le fond, c’est une affaire navrante.
Sur la forme, un certain nombre de confrères considère qu’il subsiste une possibilité de poursuivre le vétérinaire qui a prêté son diplôme et sciemment établi une fausse prescription en vue de jeter ostensiblement le discrédit sur toute une profession de santé. Ces faits sont effectivement répréhensibles.
Pour autant, l’ANPVO considère que cette initiative du journal La Dépêche vétérinaire témoigne plus d’un très mauvais plaidoyer pro domo s’employant à vouloir démontrer l’indémontrable, à savoir que pour distribuer les médicaments, le vétérinaire seul est mieux que le couple vétérinaire + pharmacien.
Le risque que cette enquête puisse ternir, même superficiellement, l’image de notreprof ssion, est proche de zéro. Mais là encore, nous comprenons bien qu’il y a tout lieu d’inciter les pharmaciens à se former sérieusement afin d’être totalement irréprochables.
Cela étant dit, je profite de votre question pour préciser ici un point de droit que la méthode retenue pour piéger nos quelques confrères parisiens soulève.
Il faut, en effet, savoir que si les confrères concernés par cette enquête avaient refusé d’honorer l’ordonnance [NDLR : il n’y en a eu aucun], ils auraient éventuellement engagé aussi leur responsabilité.
En fait, la législation actuelle autorise le vétérinaire à prescrire un médicament à usage humain pour des animaux comme c’était le cas ici avec l’amoxicilline 5 mg/mL – dès lors qu’il considère qu’il n’existe pas de traitement approprié disponible en pharmacie vétérinaire pou le cas considéré. Dans ce cas très précis, le vétérinaire est totalement souverain, il n’est pas tenu de justifier son choix de médicament, pas même auprès d’un pharmacien.
Au final, dans le cas qui nous intéresse, les pharmaciens ont, sans le savoir, eu raison de dispenser l’amoxicilline pour le lapin Clochette. C’est incroyable, mais c’est comme ça.
AP :
Pensez-vous que les équipes officinales soient suffisamment formées pour assurer la dispensation des médicaments vétérinaires en toute sécurité ?
JM :
La formation initiale des pharmaciens à la faculté en matière de médicaments vétérinaires est pratiquement inexistante. Celle des préparateurs en pharmacie l’est tout autant. Je ne vous
cache pas qu’il n’y a pas lieu d’être fier d’un tel constat. Pour moi, une telle impasse dans le cursus universitaire des pharmaciens est une véritable énigme. Cette omission constitue
bien plus qu’une simple erreur, il s’agit d’une inconséquence incroyable de tout notre système d’enseignement qui organise malgré lui les conditions d’une lente dépossession du harmacien des médicaments, de tous les médicaments, au profit d’autres circuits de distribution beaucoup moins éthiques qui n’en demandent vraiment pas tant.Pour ce qui nous concerne, nous essayons, avec nos faibles moyens, de réinstaurer les diplômes d’université de pharmacie vétérinaire. Une initiative est en cours de finalisation à Lyon, d’autres pourraient suivre ailleurs prochainement.
Nous avons aussi le projet de nous rapprocher des doyens de fac aussi rapidement que possible afin de les sensibiliser à cette problématique qui est vraiment tout sauf secondaire.
AP : Pourquoi la Commission européenne souhaite-t-elle modifier la directive “médicaments vétérinaires” ?
JM :
La Commission a en effet lancé une consultation sous forme de questionnaire en ligne en vue de procéder à une éventuelle modification de la directive “médicaments vétérinaires” qui date de 2001.
Cette consultation est bien entendu trèsimportante pour l’avenir de la distribution au détail des médicaments vétérinairesen Europe. C’est la raison pour laquelle il nous est apparu indispensable d’y participer afin de faire valoir un point de vue que la Commission n’a pas nécessairement l’habitude d’entendre : celui des pharmaciens.
Dans le questionnaire proposé par la Commission, peu de points concernaient la dispensation des médicaments. C’est pourquoi il nous est apparu, de façon totalement convergente avec l’ensemble des autres organisations pharmaceutiques européennes, qu’il convenait de reproduire via le Groupement pharmaceutique de l’union européenne (GPUE) et parallèlement au questionnaire, un argumentaire spécifique et dédié émanant de tous les pharmaciens exerçant dans l’ensemble des pays-membres.C’est ainsi que l’ANPVO, mais aussi l’Ordre français des pharmaciens, a participé à l’élaboration d’un document estampillé GPUE qui s’intitule The retail distribution of veterinary medicines in Europe: a highly perfectible system.
Ce document a été adressé à la Commission au printemps dernier. Il vise principalement à démontrer l’importance de la complémentarité prescripteur-dispensateur en médecine vétérinaire.
AP :
Par ailleurs, pourquoi vouloir modifier la liste des molécules vétérinaires exonérées ?
JM :
Cette liste de substances destinées aux animaux de compagnie datait de 1986. Elle contenait des molécules obsolètes et inusitées en médecine vétérinaire, ainsi que de nombreuses substances antibiotiques dont la dispensation sans ordonnance n’est vraiment pas justifiée compte tenu des problèmes d’antibio-résistance que nous connaissons aujourd’hui. En parallèle, il nous semblait pertinent d’instaurer un minimum de cohérence entre les molécules autorisées sans ordonnance en médecine humaine et les mêmes utilisées avec ordonnance en médecine vétérinaire.
Enfin, nous avions également comme objectif d’inclure dans cette nouvelle liste certaines molécules d’utilisation très courante, telles que les vermifuges, certains anti-parasitaires externes (APE), antilaiteux, etc., qui présentent l’avantage d’être atoxiques ou peu toxiques, et dont la délivrance est actuellement soumise à prescription préalable obligatoire.
Cette liste devrait permettre de légaliser une grosse partie de l’activité vétérinaire dans les officines. Je rappelle en effet qu’un pharmacien est aujourd’hui passible de deux ans de prison et 30 000 € d’amende pour la délivrance d’un vermifuge.
AP :
Les discussions avec les vétérinaires ont-elles été faciles pour cela ?
JM :
Une fois n’est pas coutume, ce dossier a été porté conjointement et de façon totalement décrispée par les pharmaciens et les vétérinaires. La concertation a été rapide et vraiment constructive.
La délivrance de certaines substances qui étaient exonérées sera désormais soumise à prescription obligatoire et la délivrance de certaines autres qui étaient jusqu’alors soumises à ordonnance préalable ne le sera plus. Chacun y trouve son compte, les pharmaciens, les vétérinaires, la santé publique et la santé animale.
Par exemple, nous avons bien volontiers accepté de ne pas intégrer le lopéramide dans la liste des substances exonérées car il s’agit d’une substance potentiellement très toxique pour certaines races de chien [NDLR : déficientes dans le gène MDR1]. Et les vétérinaires ont tout aussi facilement accepté que l’ensemble des vermifuges oraux pour chiens et chats actuellement disponibles sur le marché ne soient plus soumis à prescription obligatoire.
La nouvelle liste est actuellement entre les mains des experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) pour avis et devrait faire l’objet d’un arrêté ministériel dans les mois à venir.
Incontestablement, il s’agit là d’une avancée significative pour l’ensemble de nos confrères qui vont désormais avoir la possibilité de développer au grand jour une activité fortement génératrice de marge.
Je rappelle qu’un Français sur deux possède un animal de compagnie et que quatre millions de personne franchissent chaque jour la porte d’une officine.
AP :
Existe-t-il un risque de voir la grande distribution ou différents sites internet revendiquer la vente de médicaments vétérinaires ?
JM :
Internet est d’ores et déjà une réalité dans le domaine du médicament vétérinaire qu’il est difficile d’ignorer mais qu’il est néanmoins urgent d’encadrer. Les risques de dérives inhérentes à ce type de commerce préoccupent beaucoup les professions vétérinaires et pharmaceutiques. Le taux de contrefaçons est une source d’inquiétude importante pour les professionnels de santé que nous sommes. Les pouvoirs publics et l’ensemble des organisations professionnelles sont conscients des risques et des enjeux. Une
réflexion est actuellement en cours. Elle devrait déboucher sur des propositions très concrètes susceptibles d’intégrer le phénomène Internet tout en le maîtrisant au mieux. En tout état de cause, pour l’ANPVO, l’utilisation, même maîtrisée, de ce nouvel outil devra se faire obligatoirement à périmètre constant des ayants droit actuels de la délivrance des médica
ments vétérinaires.
Pour ce qui est du risque d’une libéralisation de la distribution des médicaments vétérinaires vers les grandes et moyennes surfaces (GMS), il convient à mon avis de ne pas être trop inquiet. Le médicament vétérinaire, a fortiori lorsqu’il est destiné aux animaux de rente, n’est pas et ne sera jamais une marchandise comme les autres. Il est, et restera, soumis à prescription obligatoire, car cela est inscrit dans la directive européenne, ce qui est un obstacle absolument déterminant pour contrer toute éventuelle velléité dans le sens d’une ibéralisation.
Par ailleurs, si, comme nous y travaillons à l’ANPVO, le marché français demeure de façon réellement effective aux mains de trois ayants droit avec, en corollaire, une possibilité tout aussi effective de saine concurrence entre eux, alors je ne vois pas très bien la nécessité d’ouvrir encore plus le marché, sauf à déstabiliser totalement un équilibre ayant démontré son utilité, et à accepter toutes sortes de répercussions de santé publique que cela ne manquerait pas d’engendrer. par les pharmaciens ne représente pas un enjeu de survie pour la profession. Pour autant, cette activité de pharmacie vétérinaire est, je vous l’affirme, absolument déterminante dans un certain nombre de cas et le sera d’autant plus demain dans certaines zones rurales, celles qui seront touchées de plein fouet par le phénomènequasi irréversible de la désertification médicale.
L’état actuel des finances publiques et des comptes sociaux nous incite, par ailleurs, à penser que bon nombre de confrères, y compris parmi les plus citadins, auraient certainement tout à gagner à mieux considérer cet aspect de leur monopole.
Le développement de la pharmacie vétérinaire d’officine est donc bel et bien une réponse possible aux difficultés rencontrées par la profession aujourd’hui. Néanmoins, je le répète ici avec force, le facteur économique ne doit pas occulter les grands défis de santé publique auxquels les pharmaciens se doivent absolument de participer pour mieux y répondre.
La dispensation d’un médicament est, à cet égard, une étape essentielle qu’il convient absolument de ne pas brader en médecine vétérinaire.
Propos recueillis par Sébastien Faure
Maître de conférences des Universités,
Faculté de pharmacie, Angers (49)
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